Qui n’a jamais vu son chien grogner ou se crisper face à une personne apparemment inoffensive, au point de se demander si Toutou n’aurait pas le flair… pour flairer le mal ? Derrière ces réactions, parfois déconcertantes, se trouvent des capacités insoupçonnées qui font de nos compagnons des détecteurs sur pattes. La science commence, enfin, à lever le voile sur ce mystère canin !
Quand le chien sent ce que l’humain ignore
Parfois, il arrive qu’un chien devienne soudainement agressif ou montre un malaise étrange face à une personne, alors que rien, a priori, ne peut l’expliquer. Ni son maître, ni les témoins ne comprennent sur le moment : ce n’est « qu’un voisin », un passant ou un ami, qui n’a rien de louche au premier abord.
Pour illustrer ce phénomène, le cas frappant d’une famille américaine, relaté par Discover, mérite le détour. Lorsqu’il avait douze ans, un homme se souvient de son chien devenant totalement incontrôlable au moment où le voisin s’était approché d’eux devant la maison. Le voisin, pourtant tout sourire, avait dû se replier fissa derrière la porte… avant de quitter la propriété. Mystère ? Quelques semaines plus tard, la famille a découvert avec stupeur que le même voisin avait été arrêté pour dix chefs d’accusation d’agressions sur enfants. Leur chien avait donc perçu, bien avant tout le monde, quelque chose d’inhabituel…
Un flair surpuissant, une mémoire d’odeurs hors norme
Pour expliquer ces comportements, la science se penche sérieusement sur la question. Il faut dire que l’odorat du chien ne joue pas dans la même catégorie que celui de l’humain. On a beau se vanter d’avoir du nez, c’est bien les chiens qui portent la palme : alors que nous nous contentons de 5 à 6 millions de récepteurs olfactifs, eux en affichent fièrement… 220 millions ! Et pour certaines races, ce chiffre grimpe jusqu’à 300 millions. De quoi donner des complexes à n’importe quel parfumeur parisien.
Les chiens sont donc capables de détecter des odeurs que nous ne soupçonnons même pas. Selon Discover, certains peuvent sentir des substances 50 fois moins concentrées que ce que notre nez humain pourrait capter. La structure même de leur cerveau montre une réelle spécialisation : alors que l’humain est équipé d’un large lobe frontal, nos amis à quatre pattes disposent d’une sorte « d’ampoule olfactive », occupant près de 10% de leur cerveau. Non seulement ils sentent, mais ils enregistrent et stockent ces odeurs pour y donner du sens.
- Odeurs corporelles
- Phéromones
- Substances chimiques liées à l’émotion (adrénaline, sueur, etc.)
Chaque « bouffée » recueillie par leur museau se transforme en source d’informations… et peut déclencher, selon leur vécu, des comportements d’alerte ou de défense.
Associations et souvenirs : quand la pizza tourne au vinaigre
L’odorat n’explique pas tout : la façon dont le chien associe certaines odeurs à des expériences passées compte énormément. Un comportementaliste animalier a ainsi analysé les réactions d’un chien face à différents visiteurs. Parmi eux, tous ceux qui recevaient le plus de crocs avaient un point commun… culinaire ! Ils avaient mangé de la pizza quelques heures auparavant. Or, quelques semaines avant, le chien avait vu un livreur de pizza donner un coup de pied à un chiot, un traumatisme qui, comme une tranche de pepperoni de trop, restait en mémoire.
Ce genre d’association peut suffire à déclencher des comportements de défense, voire d’attaque, envers certaines personnes qui, sans le savoir, rappellent au chien une expérience négative via une odeur particulière. Voilà qui relativise la phrase « l’odeur de la pizza, ça met tout le monde de bonne humeur »…
Les émotions humaines, décodées par le museau
En dehors des odeurs liées à des expériences, les chiens captent aussi les signaux chimiques envoyés par nos corps stressés. Adrénaline, sueur, peur : rien ne leur échappe. Une étude menée en 2018 sur des labradors et des golden retrievers a ainsi montré que les chiens exposés à l’odeur de la peur produite par certains humains affichaient eux-mêmes des signes de stress. En d’autres termes, si vous transpirez de peur devant Médor, il y a fort à parier qu’il le saura avant tout le monde… et que sa réaction s’ajustera en conséquence.
Cette capacité à détecter et à réagir est mise à profit dans diverses situations, comme l’assistance auprès d’anciens combattants souffrant de troubles du stress post-traumatique, où le flair du chien se transforme en vrai atout thérapeutique.
En bref : la prochaine fois que votre chien se met sur la défensive pour une raison qui vous échappe, rappelez-vous qu’il a peut-être senti ce que vous ne pouvez ni voir ni comprendre. Parfois, écouter son chien, c’est être à l’écoute de bien plus qu’un simple aboiement…
