Non, les oiseaux ne rejettent pas leurs petits touchés par un humain : le mythe est démonté par la science

Mike cnmt
Published on

Vous aussi, on vous a seriné toute votre enfance : « Surtout ne touche pas à l’oisillon tombé du nid, sinon sa maman va le rejeter à cause de l’odeur humaine ! » ? Eh bien, c’est le moment de sortir l’artillerie scientifique et de dire adieu à cette vieille légende urbaine !

D’où sort cette histoire d’oisillons maudits par l’odeur humaine ?

Tout le monde a déjà entendu ce mythe. On ne sait même plus très bien d’où il vient, mais il a la vie dure. Peu d’entre nous sont allés vérifier si l’idée tenait la route. Pour ma part, je l’avoue : ce n’est qu’en essayant de répondre à un quiz que je me suis décidé à creuser la question. Et là, surprise ! En lançant ma recherche, j’étais persuadé d’avoir affaire à une réponse limpide. Comme le laisse entendre l’expression « Bon, cette fois, c’est vite vu : Intox ! ».

Le verdict des experts : à qui peut-on faire confiance ?

Quelques grands noms se sont penchés sur la question. Dans son livre de 2005 Dis Information and Other Wikkid Myths, Dr Karl explique noir sur blanc que c’est une intox. Selon lui, l’odorat n’est tout simplement pas le sens le plus développé chez les oiseaux. Même son de cloche du côté de Scientific American, qui publie en 2007 un article signé Robynne Boyd. Selon eux, le sens olfactif très limité empêche les oiseaux de percevoir notre odeur sur leur progéniture. D’autres sources sont tout aussi catégoriques, allant même jusqu’à détailler l’argument (http://www.snopes.com/critters/wild/babybird.asp, http://birding.about.com/od/birdbehavior/a/Bird-Senses.htm) ; certaines facs prestigieuses comme Stanford enfoncent le clou, confirmant que l’odorat des oiseaux est à peine digne de ce nom (https://web.stanford.edu/group/stanfordbirds/text/essays/Avian_Sense.html).

  • Mythe relayé par nombre d’articles spécialisés
  • Experts cités à l’appui
  • Tous pointent l’incapacité des oiseaux à sentir « l’humain »

Mais là où c’est amusant, c’est que la plupart insistent sur ce qui est observable : non, les oiseaux ne rejettent pas leurs petits ! Mieux encore, ils font preuve d’acharnement pour les récupérer. En revanche, dès qu’il s’agit de justifier pourquoi (i.e. leur sens olfactif « moisi »), plus grand monde ne s’appuie sur du solide… On a un peu l’impression que tout le monde prend pour argent comptant que les oiseaux ne sentent rien, comme si on pouvait ranger la question une bonne fois pour toutes.

L’énigme de l’odorat aviaire : une histoire vieille de deux siècles !

Mais… depuis quand cette idée reçue traîne-t-elle dans nos esprits ? Retour en 1820. À l’époque, John James Audubon (certains diront Jean-Jacques, côté tricolore ; normal, c’est un franco-américain) fait une expérience fameuse. Il observe que des urubus à tête rouge (alias vautours Aura) ne prêtent aucune attention à un cochon bien faisandé, alors qu’ils s’empressent sur un cerf empaillé sans la moindre effluve. La conclusion tombe : l’odorat des oiseaux ne sert à rien !

Et voilà comment la science de comptoir s’invite dans les livres pendant près de 200 ans. Presque tout le monde adhère. Mais, comme toujours, il y a quelques esprits chagrins qui décident de creuser. En 1960, Kenneth Stager explique que si les vautours n’ont pas touché au cochon d’Audubon, c’est surtout parce qu’il était beaucoup trop avancé dans sa décomposition pour leur palais raffiné : ils n’apprécient leurs cadavres que s’ils n’ont pas plus de quatre jours ! (La classe, ces gourmets du macchabée.)

Encore plus fort : la même espèce possède un tel odorat qu’on lui a confié la mission de détecter des fuites de gaz dans les pipelines. Pas mal pour des « pifomètres » présumés ! Depuis les années 1960, de nombreuses études ont confirmé que l’odorat chez les oiseaux varie selon les espèces. Certaines familles – comme les étourneaux et autres sturnidés – dépendent même de leur nez (enfin, leur bec !) pour survivre (http://www.nwf.org/news-and-magazines/national-wildlife/birds/archives/2013/bird-smell.aspx).

Le fin mot de l’histoire : les oiseaux, attachés à leurs petits

Bref, revenons à nos oisillons ! Tout ce charabia n’empêche pas une vérité limpide : c’est une pure intox. Les oiseaux ne rejettent pas leur petit parce qu’on l’aurait touché ou remis dans le nid. Pas forcément parce que leur odorat serait nul, mais peut-être parce qu’au fond… ils aiment leurs enfants, tout simplement !

Pas de panique, donc, si vous croisez un bébé piaf égaré : n’hésitez pas à lui donner un coup de main. Le mythe est débunké ! Et si vous aimez les quiz, on passe au suivant : le Coca est-il vraiment assez acide pour récurer vos toilettes ? À vos paris, info ou intox ?

Laisser un commentaire